Le Viol (le cas Anders)
avec Svein Sturla Hungnes, Anne Marie Ottersen, Liv Thorsen
Norvège - 2026 - 1H34 - VOSTF
Une banlieue banale couverte de neige. Au petit matin, un viol est commis, bientôt suivi d’une autre tentative. Anders a été remarqué non loin de la scène du crime. La police l’arrête et se livre à une enquête pour savoir quelles pourraient être les raisons qui auraient poussé ce jeune homme ordinaire à commettre deux crimes. Anders ne peut se reconnaître dans le portrait que l’on fait de lui. Mais les rouages implacables de la machine judiciaire se sont enclenchés.
s’affirme rapidement comme autrice et artisane. Dès son premier court métrage s’impose le thème de la constance du carcan autoritaire et masculin, qui entrave l’autonomie individuelle. Avec un minimalisme dramatique, avec des silences rappelant la critique ibsénienne du mariage bourgeois, ses gros plans intimes et cadrages distants révèlent le décalage entre l’égalitarisme affiché des sociétés scandinaves et les normes intériorisées par ses personnages.
Refusant l’étiquette des « films de femmes », qu’elle considère discriminatoire et stigmatisante, Breien aborde plusieurs genres, classes sociales et périodes. Dans La Persécution (1981), située au XVIIe siècle, elle illustre le sort réservé aux non-conformistes dans une chasse aux sorcières glaçante. Car si les époques se succèdent, les inégalités, elles, persistent. Dans des histoires allant du XIVe siècle à l’ère contemporaine, Breien utilise le temps long pour révéler la fragilité des tentatives de libération de ses protagonistes. Sa trilogie Wives (1975, 1985, 1996), comme la trilogie documentaire du Suédois Stefan Jarl (1968-1979-1993), nuance ainsi les avancées de l’État-providence scandinave, ici dans la sphère intime.
Anja Breien a modernisé l’image du cinéma norvégien par-delà ses frontières en remportant de nombreux prix. Elle est présente à la Quinzaine des réalisateurs dès son premier long métrage, et L’Héritage (1979), l’unique long métrage norvégien à concourir pour la Palme d’or entre 1960 et 2015, l’impose comme une cinéaste clé. Si la légitimité d’agir à sa guise faisait douter ses héroïnes de 1975, l’ultime réplique de Wives – « On ne peut pas tout arrêter maintenant ! » – demeure le manifeste d’une réalisatrice dont l’œuvre a mis en évidence les cadres, pour mieux les faire ployer. Aurore Berger Bjursell – la Cinémathèque
