Les Diables
avec Vanessa Redgrave, Oliver Reed, Michael Gothard
Royaume-Uni - 1971 - 1H53 - VOSTF
4,50€ pour les adhérent.e.s d'Offscreen
Un récit historique dramatisé sur l’ascension et la chute d’Urbain Grandier, un prêtre catholique romain du XVIIe siècle accusé de sorcellerie à la suite des prétendues possessions de Loudun, en France. LES DIABLES met également en lumière sœur Jeanne des Anges, une religieuse sexuellement réprimée qui, sans le vouloir, déclenche les accusations.
« Il y a des films maudits, et puis il y a Les Diables. Sorti en 1971, classé X, charcuté par la censure britannique, amputé encore davantage aux États-Unis, puis enterré pendant des décennies par sa propre maison de production, le film de Ken Russell a longtemps eu un statut de Saint Graal pour cinéphiles : tout le monde en parlait, très peu l’avaient vu dans de bonnes conditions, et personne ne l’avait vu tel que son réalisateur l’avait imaginé. Cinquante-cinq ans plus tard, miracle : Warner Bros. inaugure son nouveau label patrimonial Clockwork avec une restauration 4K réalisée à partir du négatif caméra original, montée selon la version que Russell avait lui-même reconstituée en 2004. Présentée en grande pompe à Cannes Classics en mai dernier, en présence de Mark Kermode, biographe du cinéaste, et de sa veuve Elisabeth Russell, cette version enfin complète débarque sur nos écrans en sortie limitée. Autant le dire tout de suite : l’attente en valait la peine !
Ce qui frappe d’abord, en redécouvrant Les Diables aujourd’hui, c’est à quel point le film n’a rien d’une provocation gratuite. Adapté du livre d’Aldous Huxley Les Diables de Loudun et de la pièce qu’en avait tirée John Whiting, le scénario de Russell raconte une affaire historique bien réelle, et la raconte avec une lucidité redoutable. Sous le vernis du scandale, c’est un film profondément politique : l’histoire d’un homme broyé non pas par le diable, mais par une alliance de l’Église et de l’État qui fabrique une hystérie collective pour se débarrasser d’un opposant gênant. Grandier n’est pas un saint, loin de là, et c’est justement ce qui rend le récit passionnant. Russell refuse de le transformer en martyr immaculé : c’est un séducteur vaniteux, arrogant, qui découvre la foi et la dignité au moment précis où on cherche à les lui arracher. En face, Sœur Jeanne n’est pas une simple méchante, mais une femme rongée par la frustration et l’isolement, dont la folie devient l’instrument des puissants. Procès truqué, exorcismes transformés en spectacle public, foule avide de sensations fortes : on pourrait remplacer les soutanes par des costumes-cravates que le propos tiendrait toujours debout. Les quelques minutes réintégrées dans ce montage, dont la fameuse séquence longtemps coupée qui avait valu au film sa réputation de blasphème absolu, ne relèvent pas du simple bonus pour collectionneurs : elles renforcent cette charge contre une institution religieuse pourrie jusqu’à l’os. » Dans ton cinéma
-
vendredi 13 novembre
- 20:30
